Avant, je faisais des fonds plus clairs. Mais mes couleurs ne ressortaient pas suffisamment et je n’obtenais pas l’impact visuel que je recherchais. J’avais beau travailler mes contrastes, quelque chose restait trop peu percutant à mes yeux.
J’ai donc décidé d’essayer un fond noir pour voir la différence.
Le changement a été immédiat. Mes couleurs ressortaient beaucoup plus. Elles avaient davantage de présence et le contraste devenait plus fort. C’était exactement ce que je cherchais.
Depuis, le fond noir est devenu une partie importante de ma façon de peindre.
Le noir donne plus de présence à mes couleurs
Ce que j’aime dans le fond noir, c’est ce qu’il provoque lorsque je commence à poser mes couleurs dessus. Elles ressortent beaucoup plus, elles se détachent du fond et attirent davantage le regard. Le contraste est plus marqué et l’ensemble de la toile devient plus percutant.
C’est vraiment la raison première pour laquelle j’utilise le noir.
Je sais surtout que j’ai besoin de ce fond lorsque je décide de travailler des silhouettes colorées, on peut particulièrement les retrouver dans ma série Gratiae. Dans ce cas, je veux que le regard remarque la silhouette en premier.
Le noir me permet de créer cette différence entre le fond et la couleur. La silhouette se détache immédiatement et devient le point vers lequel mon regard se dirige.
Je ne cherche donc pas à ce que le fond noir attire l’attention pour lui-même. Il est là pour permettre à la couleur de prendre sa place.
C’est ce résultat visuel qui m’a donné envie de continuer.
Quand je garde le noir parfaitement lisse
Je peux choisir de garder mon fond noir lisse.
Dans ce cas, je veux une surface régulière. Le fond doit être nickel, parce que c’est justement cet aspect uniforme qui m’intéresse.
Pour les grandes toiles, j’utilise un rouleau mousse. Pour les petites, je prends un pinceau plat. J’étale la peinture en fine couche afin de couvrir correctement la surface.
Je ne cherche pas à laisser apparaître le geste. Au contraire, lorsque je veux un fond lisse, il doit rester propre et uniforme. Cette régularité permet de garder un contraste très net avec les couleurs que je vais venir poser dessus.


Quand je travaille le noir avec le couteau
Je peux aussi travailler cette couche de peinture avec le couteau. Dans ce cas, je ne cherche plus la régularité. Je veux donner du relief au fond et laisser la matière modifier la surface. Le noir reste noir, mais son aspect change.
Je ne cherche pas à faire des gestes réguliers. La peinture est travaillée avec le couteau et le fond prend une structure et une présence différentes.
C’est intéressant pour moi parce que je peux conserver ce contraste entre le noir et la couleur tout en faisant varier l’aspect de la surface.
Je n’ai donc pas besoin que tous mes fonds noirs soient identiques. Ce qui compte, c’est ce qu’ils vont apporter à la toile.
Le noir change aussi la lumière
C’est une autre différence que j’ai remarquée en travaillant mes fonds noirs.
Un fond lisse et un fond structuré au couteau ne donnent pas les mêmes résultats de lumière. La surface n’étant pas la même, la lumière ne réagit pas de la même façon.
Avec un fond lisse, le noir reste régulier. La surface est nette et le contraste avec la couleur est très direct.
Avec un fond travaillé au couteau, le relief crée des variations. La lumière accroche les différentes parties de la matière et donne une autre perception du noir. À l’œil, le résultat change.
Je peux donc partir de la même intention et obtenir une sensation différente selon la façon dont je travaille mon fond.
C’est quelque chose que j’observe sur mes toiles. Je ne choisis pas uniquement entre noir et une autre couleur. Je peux aussi me demander quelle présence je veux donner à ce noir.
Est-ce que je veux qu’il soit parfaitement uniforme ? Est-ce que je veux que le relief participe à la lumière ?
Je veux que la silhouette soit vue en premier
Quand je décide de peindre une silhouette colorée, mon choix du fond noir devient assez évident.
Je veux que le regard remarque la silhouette en premier.
La couleur doit ressortir du noir et la forme doit se détacher immédiatement. C’est cette opposition qui m’intéresse.
Je ne cherche pas forcément à expliquer davantage le fond. Il doit surtout créer les conditions pour que la silhouette soit visible.
C’est pour cela que le noir a pris autant de place dans certaines de mes toiles.
Aujourd’hui, je ne sais pas vraiment ce que je rate encore lorsque je travaille avec un fond noir. Je continue simplement à observer mes toiles et à voir ce qui fonctionne ou non.
Je sais en revanche qu’il donne à mes couleurs la présence et le contraste que je recherche.